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CHAPITRE  I

 

La caserne

 

 

Mario GAMBERRINI est né le 13 mai 1920 , à 8h30, dans un petit village de l’Italie du Nord, non loin de la frontière française.

 

L’Italie était un pays pauvre, à l’époque, et les hommes s’expatriaient pour aller reconstruire les villes d’Europe détruites par la Grande Guerre de 1914-1918. Ce que fit le père de Mario.

Sa mère était restée seule. La misère et la désolation de l’après-guerre régnaient dans ce village de montagne. Il ne restait que les vieux, les enfants et les femmes.

 

La mère du petit Mario décéda en le mettant au monde.

 

Il fut confié à un vieil oncle bourru qui n’avait ni femme ni enfant et qui vivait en pleine montagne, à proximité de la frontière française.

C’est là qu’il fit ses premiers pas, dans la froidure et la neige des Alpes. Le travail rude des montagnards fit vite de lui un solide gaillard.

Adolescent, il n’avait qu’une seule idée : rejoindre l’armée.

 

En 1939, il venait tout juste d’avoir dix-neuf ans.

L’Italie fasciste demandait à l’armée de recruter un maximum de volontaires. C’était son rêve, d’apprendre à combattre, d’avoir le gîte et le couvert gratuits.

Que faire d’autre, en effet, dans ces montagnes pauvres bordant le Frioul ? Il n’y avait là que la misère. 

La vie avec son oncle l’avait fortement perturbé. Son père n’était jamais revenu. Il avait refait sa vie en France sans tenter de connaître son enfant ni de revoir son pays. Et son oncle maudissait ce frère ingrat.

 

Mario avait donc grandi seul, sans l’aide ni l’amour de personne. Il n’avait pas de vraie famille. Il s’y était habitué, se sentait bien comme cela et n’en souffrait pas, apparemment.

 

- Ma famille, je vais la trouver dans l’armée, pensait-il. 

 

Ce matin là, quand il descendit de la montagne à ski par un froid matin d’hiver, il ne se retourna même pas sur la maison de son oncle, celle de son enfance. Cela le laissait indifférent. Son oncle avait été trop distant et trop rude avec lui !

Depuis bien longtemps, il s’était préparé à ce départ. Il voulait rompre avec cet environnement glacial et hostile.

 

Il se comparait à un papillon qui sortait de sa chrysalide pour accomplir sa vie. Tout ce qu’il avait vécu jusque là n’était plus rien pour lui. Sa vie allait commencer ce jour précis, quand il franchirait les portes de la caserne.

 

Il était physiquement bien dans sa peau, sur la descente vertigineuse de la piste enneigée. Il sentait ses muscles répondre à la moindre sollicitation. Il était prêt à défier le monde entier !

Un sourire radieux illuminait son visage.

Le papillon prenait son envol ! 

 

Les derniers virages et l’arrêt de l’autobus.

Il était très en avance, trop pressé de partir. Il enleva ses skis et posa ce sac qui contenait toute sa fortune : quelques conserves et des vêtements de rechange, au cas où… Et ses papiers personnels.

 

Et surtout, bien enveloppé dans un chiffon de coton blanc, ce petit cadre avec la photo de sa mère, seule chose qui le rattachait à la vie.

© 2012