L’accident
Ce
matin Franco Murais se demandait ce qu’allait encore lui réserver cette putain
de journée.
Il en avait plus que marre de courir d’éditeurs en éditeurs pour
essayer de faire publier une nouvelle ou un roman. Peu importe, pourvu qu’il
fasse quelque sous. C’était dur
de se faire un nom dans l’écriture, même avec du
talent !
Il écrivait pourtant avec amour depuis son plus jeune
âge.
Rien
d’autre ne le passionnait. Sorti de ses études avec un bac littéraire, il
croyait que le monde allait lui appartenir.
Erreur
funeste !
Les
journaux ne voulaient pas de lui, les éditions romanesques même
chose.
Personne
ne s’intéressait à ses écrits.
Ses
parents lui avaient coupé les vivres, la vie était dure à trente ans dans une
ville de province, sans revenus réguliers.
Il avait
loué un petit studio dans le centre ville, ça lui suffisait pour l’instant, mais
ce n’était pas une vie ! Un jour il voudrait comme la majeure partie de ses
camarades fonder un foyer, avoir des revenus réguliers qui lui fourniraient un
véritable avenir.
Il
pouvait toujours rêver, après tout ça faisait des années qu’il rêvait à des
jours meilleurs.
Au volant
de sa petite 205 rouge plus que vieille, il suivait la file des endormis du
lundi matin qui allaient au travail.
La route
était sale et grise, le jour pointait à peine.
Soudain
un fort ralentissement l’obligea à stopper
brutalement.
Si
brutalement, qu’une touchette avec la voiture qui le précédait s’en
suivit.
Un petit
bang bien caractéristique lui indiqua que de la tôle froissée avait fait recette
devant lui.
Mettant
ses feux de détresses, il quitta le flot des voitures. La voiture devant lui au
pare-chocs un peu renfoncé déboîta, il la suivit.
À
première vue, cela semblait bénin.
Comme à
regret, sortant de ses rêves habituels, Franco descendit de son véhicule, et
alla au devant de l’autre conducteur.
Un homme
plus que mûr, bedonnant, qui semblait très agité, le visage rouge, hurlait et
menaçait du poing.
Devant le
calme et l’indifférence que semblait manifester Franco, il changea d’attitude
subitement et tendit la main à Franco, en s’excusant de s’être si vite emporter
pour un rien après tout.
Franco
salua le monsieur ventripotent avec un sourire des plus aimable, comme il savait
si bien le faire.
Tous deux
se dirigèrent au devant des dégâts des deux véhicules, qui étaient bien rangés
sur le bas côté herbeux de la route.
L’air
était doux en cette heure matinale, la journée s’annonçait belle malgré tout. Le
ciel était bien dégagé.
Notre
Franco avait la tête dans les nuages. Il sursauta quand la voix du monsieur le
ramena sur terre.
- Vous
avez vu les dégâts ? Une voiture neuve !
Il se
gratta le crâne et ajouta :
- J’ai
pas encore payé la deuxième traite ! Et boum déjà
cassée !
Franco ne
répondit pas, se contentant de sourire.
Après un
long soupir empreint de fatalisme, il lâcha :
- Nous
allons faire un constat !
- J’y
compte bien, de toutes manières, vous avez tous les tords, vous m’êtes rentré
dedans.
- Oui,
mais vous avez pilé brutalement, je ne pouvais pas m’arrêter si
vite !
- Je suis
d’accord avec vous, mais il y avait eu un très fort ralentissement
devant !
Franco ne
discuta pas plus longtemps voyant que cela ne changerait rien au problème. En
plus il avait rendez-vous, et il était déjà en
retard.
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