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il y un demi-siècle Esquennoy


 

Esquennoy il y a un demi-siècle.

Vivions nous mieux ou, alors moins bien qu’il y a 50 ans ?

Ceci mérite d’en savoir plus. Je vais donc essayer de vous « raconter » notre village dans les années 60.

Nous arrivons de Breteuil par la rue d’Amiens, il n’y a pas d’autre route. Pas de grandes surfaces, simplement des champs cultivés de chaque côté, puis nous arrivons au lieu dit « l’Haricot » entre deux bordures de peupliers la nationale 16 nous conduit à Esquennoy. À notre droite la ferme Devred 12 hectares, ceint de son mur de briques rouge, abrite une superbe demeure en son milieu avec une petite rivière artificielle dans un parc boisé d’essences rares et variés. Dans ce parc des moutons et des poulaillers. Nous sommes dans un élevage d’ovins et de poussins du jour. Dans le sous sol de la somptueuse demeure, des couveuses artificielles (avec un groupe électrogènes en cas de panne) des centaines de poussins naissent  chaque jour et partent dans tous les coins du pays.

Nous continuons sur la route, à droite l’usine RADIAL anciennement PIGEON fabrique des radiateurs de chauffage (Brevet Suisse en exclusivité) avec environs 200 ouvriers. Cette usine a pour vocation du travail de métallos depuis déjà bien longtemps. Devant cette usine les maisons du personnelle un peu comme « les corons » du Nord, bien alignées. A droite en continuant il y à les habitations des cadres de l’usine. Puis les jardins ouvriers où il y a en permanence des gens qui s’affairent aux potagers. Les travailleurs ont un point d’honneur à cultiver ce jardin qui en plus leur apporte des économies.

Une petite route de « la cité de Paillart » borde les jardins desservant des maisons du personnel.  A gauche une route qui va vers le domaine de Saint Sauveur. Il ne faut pas oublier Saint Sauveur petit domaine à l’extérieur d’Esquennoy. Avec sa chapelle et son petit château appartenant à la famille Froment qui exploite les terres. Ce patrimoine a toujours été lié à la vie d’Esquennoy depuis des lustres, étrange, alors que Breteuil est si proche, allez savoir ?

Nous continuons sur la route nationale 16, nous entrons alors vraiment dans le village, à droite une mare d’eau jouxtée d’un ancien puits avec manivelle et recouvert d’un toit de pierre du plus bel effet (il y en a presque une dizaine dans le village qui servaient avant que l’eau courante ne fut installée dans les années 30).

De chaque côté des maisons bourgeoises bien entretenues. Puis à gauche une petite rue en cul de sac « Cité Cauchetier » encore une cité dont les maisons étaient propriété de PIGEON. Cette usine avait inondé le monde de ses lampes à pétrole à l’époque où Esquennoy comptait 1200 habitants. En continuant après une mare, nous voyons à notre droit la ferme Pierre Cnudde, un tracteur, société française à remplacé les chevaux il n’y à pas si longtemps.

En suivant la route nous arrivons devant un petit monument dédié à Saint Antoine lieu ou la peste s’arrêta pendant la grande épidémie. (1369 à 1761)  Ce fut à cet endroit même que la dernière personne eu cette terrible maladie qui arrivait maison après maison venant de Breteuil. Juste après en suivant, l’épicerie « La Ruche »tenu par Un Nommé Albert Découdu, surnommé par la suite « Albert la ruche ». Jolie maison de briques rouge construite par la famille Citerne, minotiers de Croissy sur Celles. (Propriétaires du monument de Saint Antoine à l’époque, pour finalement en faire don en 2009 à la commune d’Esquennoy) En face de l’autre côté de la route une autre épicerie-café «Madame Bulot » un peu plus bas toujours à gauche nous avons un autre café de Monsieur Lomorie avec salle des fêtes pouvant accepter un bal de 300 personnes. Le tenancier de ce café est artisan maçon et cultive sous la route des endives. Il possède une des rares camionnettes du village de couleur verte.

Nous continuons pour bientôt voir à notre droit une pompe à essence devant un autre café, celui de « l’Europe » tenu par la famille Mallet. Le tenancier de ce café est mécanicien, tenant la seule et unique cabine téléphonique du village (il y avait pas plus de dix abonnés ayants le téléphone dans le village) en même temps il est chef des pompiers chapotant par la même occasion, une brillante clique de musiciens, sous les ordres du garde Champêtre Roger Desmarets, chaque pompier joue d’un instrument, clairon, trompette, tambour. Il y a également attenant au café une grande salle des fêtes pouvant accueillir une centaine de personnes. En face nous avons la rue des Aires qui nous conduit à Villers-Vicomte. À droit la ferme de Cyrille Capoen. Dans les virages en face une mare, et la boulangerie, tenu par Monsieur Debraisi qui avait pour unique voiture une juva 4 Renault. Juste à côté à gauche le chemin du tour de ville, la ferme Rémy Capoen (le frère de Cyrille).

Puis en remontant la rue de la commanderie, sur la gauche le forgeron maréchal ferrant, Fernand Taupin, l’homme qui sait tout faire, forger, souder, construire, réparé, modifier, inventer, bref ! Cet homme adapte les matériels chevaux aux tracteurs qui arrivent en masse. D’abord avec un petit tracteur par ferme des Renault D22 ou mono cylindre Société Française, bruyant et secouant à souhait. Toujours à droite nous arrivons sur une épicerie « Madame Tillier » ancienne boulangère qui s’est reconvertie en épicerie primeur. Plus haute dans l’impasse nous avons la ferme Fénelon Dazin toujours avec des chevaux, il sera un des derniers à utiliser ce brave animal. Il cultive des endives pour diversifier son exploitation agricole. Au fond nous avons l’entrée de La Commanderie qui fut pendant un temps assez éloigné, une maladrerie des templiers, il y avait une bâtisse magnifique qui dominait le village par sa hauteur et sa stature. Des souterrains d’une grande beauté circulent en-sous sol. Sur la droite nous avons un entrepreneur de maçonnerie Pierre Lizard qui lui aussi  conduit une des rares camionnettes du village.

Puis nous continuons notre visite à droite le presbytère où il n’est pas rare de voir l’Abbé Caumartin vêtu de sa soutane noire partir d’un pas alerte vers son église. Ce pas qu’il a conservé du temps où il était aumônier dans un régiment de chasseurs à pieds pendant la grande guerre.

A notre gauche juste en face la route de Paillart le café, épicerie, Georget avec le tenancier qui est artisan menuisier, entre autre spécialisé dans les cercueils.

Juste avant ce café il y a un menuisier également du nom de Marquant qui est le Maire du Village à cette époque.il sera remplacé en 1961 par Arthur Millot.

En allant sur la route de Paillart nous avons ce qui était appelé à l’époque « la petite usine » cette usine fabriquait des bandes Velpeau pour l’armée pendant la guerre 1870. Puis elle fit du tissage sans grande réussite. Elle fut rachetée par les associés « Lever & Broussard » des industriels parisiens spécialisés dans la construction métallique. Avec environ 90 ouvriers ils fabriquaient des carcasses-châssis pour rouleaux compresseurs Albaret et Poclain, ainsi que des presses hydrauliques de tous tonnages. Ici encore nous avions des ouvriers de métallurgie hautement qualifiés. Si nous continuons sur la route de Paillart nous ne trouvons qu’une grange à droite avant l’argilière puis rien que des champs cultivés de part et d’autres jusqu’à Paillart.

En redescendant sur la nationale 16 direction Amiens, nous avons à droite, le Café épicerie Métivier-Leroux, (dit patinotte) puis un peu plus bas la boucherie « Michel Piquet-Boulfroid » ce boucher tuait sur place les meilleurs bêtes du voisinage qu’il allait chercher avec sa camionnette et sa bétaillère dans les fermes. Encore un de rare véhicule du village. En face ce boucher le plus important magasin d’Esquennoy… «  L’UNION » (l’union qui devient par la suite « La Coop » des coopérateurs de Picardie). Un magasin où les adhérents touchaient en fin d’année une ristourne suivant l’importance de leurs achats. Une véritable institution à but social et dirigé par les consommateurs eux mêmes. Vous pouvez trouver tous ce que vous voulez, même des assurances, des voyages et des articles les plus divers sur catalogue en passant commande. Une formidable avancée pour les consommateurs. Les samedis et dimanches, il fallait voir l’affluence des gens avec des petites remorques à main venir faire leurs courses pour la semaine. C’était un lieu de rendez vous dans la bonne humeur où tout le monde se connaissait, travaillant pour la plus part ensemble soit dans la grande Usine ou la petite. Il y avait aussi cette sortie de la messe ou tout ce joyeux monde allait en même temps chez le boucher, pour passer ensuite à la boulangerie. Il faut savoir qu’à Esquennoy il ne devait pas y avoir plus d’une quinzaine de voitures automobiles, principalement les agriculteurs et les artisans. Tout comme les TV seulement au café Mallet et chez Cyrille Capoen, et quelque autres rares habitants, qui pouvaient se compter sur les doigts de la main. Les gens se regroupaient pour les événements (tour de France par exemple). Bien sûr il n’y avait qu’une seule chaîne en noire et blanc, le choix était vite fait !

Mais que faisaient donc les jeunes sans télé et jeux vidéo ou centres de loisirs ? Il y avait l’argilière qui ne désemplissait pas, (100 licenciés à l’ASE) puis la nature, les vélos et tous les jeux de plein air. Les jeunes s’avaient s’assumer sans l’aide de personne. Il ne faut pas oublier la musique et les cavalcades organisés par l’ASE (dirigée par Michel Pion) et la Municipalité et toutes les bonnes volontés du village à faire des fleurs de papiers et divers engins et figurines de cartons. Un club de cinéma amateurs fonctionnait pour le plus grand bien de ses adhérents.

 Nous continuons sur cette grande route en direction de l’église. Il y à droite un château caché par un grand mur, en face la ferme Vyes avec le père Hari et ses fils les  deux frère Aimé et André. Ici non plus pas de voiture ni tracteur (seulement en 1961) un cheval fut utilisé longtemps pour ramasser les poubelles avec Valentin comme éboueur (un ancien Légionnaire) à cette époque pas de redevances exagérées de poubelles ; il faut dire que celles-ci étaient des plus réduites, puisque toutes les bouteilles et emballages étaient consignés. Les pots de yaourts, les cannettes, les litres d’huile, le vinaigre, le vin ; même la javel.

A droit la ferme Pilon depuis des générations. Ici pas de tracteur et de voiture évidemment. La place, et la Mairie toute neuve qui tranche sur l’église avec ses pierres grises vieillies par le temps. L’école où les époux Kergenmayer sont en place. Lui le directeur de l’école qui est en plus l’unique secrétaire de Mairie, gérant tout l’administratif de la commune. Sans l’aide de personne. Le garde champêtre assure avec un cantonnier tous les travaux de la commune ; il faut s’étonner qu’avec si peu de monde et sans moyen informatique et mécanique avec une population plus élevée tout arrivait à se faire. Le garde champêtre avait la lourde tâche de « conduire chez eux» les enfants scolarisés aux heures du repas le midi et au retour le soir. Les enfants « marchaient droit » car la badine arrivait vite sur les mollets des contrevenants. Bien évidement pas de cantine et pas de parents motorisés pour venir chercher les bambins, qu’il pleuve ou qu’il vente. 

Sur la place un café-épicerie, le café Monsieur Rose tenus par une famille la mère, le père, et la fille. Ce café « travaillait » surtout quand il y avait la fête et les cérémonies patriotiques ainsi que les élections, mariages, baptême,  communions, deuils.

Juste avant l’église à gauche nous avons la ferme Bardet qui deviendra la ferme Albert Cnudde celui-ci s’étant marié avec Hélène Bardet. Ensuite en contournant l’Eglise nous avons à droite la ferme Gérôme Vandael (ancien emplacement du château d’Esquennoy). De l’autre côté le chemin du Creuset avec à gauche la Ferme Édouard Pourcelle qui deviendra Marc Pourcelle quand le fils la reprendra, là aussi un petit tracteur vient d’arriver (un Deutsch).

Puis tout proche en suivant la nationale 16 nous avons un transporteur, Monsieur Vandeville qui roule avec un camion porteur. A cette époque pas encore de semi-remorque. La campagne de betterave se fait avec des porteurs de 10 et 12 tonnes. (Les établissements Longuet) Dans les champs pas beaucoup de moissonneuses batteuses mais encore des moissonneuses-lieuses, tirées soit par des chevaux ou des petits tracteurs d’une soixantaine de chevaux pour les plus puissants. Nous voyons dans les champs les tas de blés égayer le paysage, qui seront rentrés plus tard pour être battu à la ferme en morte saison. Ce sera l’occasion d’une belle petite fête populaire  à la fin du battage. Toutes les fermes font en plus des céréales, du lait et de la viande, sans compter la bassecour et des endives. Le soir les écoliers remportent chez eux le lait frais et entier au goût sublime pour le petit déjeuner. Devant la ferme Marc Pourcelle il y la ferme Roger Guedet époux de (Paula) une fille Vandael encore une grande famille de flamands venue avec les Cnudde après la guerre 14/18 dans les années 20 travailler à remettre notre l’agriculture sur pieds. Un peu plus loin nous avons la ferme de Camile Vandael et Rachel sa sœur et la maman. Devant cette ferme, il y a Roger Dubreuqck  un garagiste qui vient de s’installer. Un peu plus loin nous avons un artisan couvreur Monsieur Dubois, en face de l’autre côté de la route, Amedé Mérignac président des poilus de la grande guerre ancien agriculteur de la ferme René Cnudde. Cet homme venant des Deux Sèvres s’était marié ici en connaissant sa femme alors qu’il était en repos à Coulemelle se battant sur le plateau de Grivesne (Somme).     En continuant nous arrivons sur notre droite devant le Marbrier Pierre Delavaquerie. Cet artisan est un des rares graveurs sur pierre au sens artistique du terme. Vous trouvez chez lui tout ce qui attrait au funéraire. En continuant sur notre droite, Nous arrivons sur une voie communale qui nous conduit à la ferme René Cnudde. A l’angle de cette voie il y a une petite mercerie tenu par Madame Debronelle, ici nous trouvons tout, fil, aiguilles, bouton, laine à tricoter, broderie etc..De chaque côté de belles maisons bien entretenues,  puis nous arrivons à la fin du village avec la route longeant le cimetière dans un virage dangereux qui sera supprimé par la suite. Voila, j’ai fait avec vous un petit voyage dans le temps, pour vous révéler le nombre important de fermes et de commerces et le peu de véhicules à moteur. Il faut aussi savoir que le plein emploie existait à cette époque et que chacun vivait de son travail sans aide de l’état. Les gens du village par la force des choses se côtoyaient bien plus souvent qu’à présent et souriaient plus que de nos jour ayant moins de stresse. La moyenne de vie était plus courte me direz vous ? Bien sûr, mais il y avait moins de pollutions et moins de malades aussi. Songez ! Qu’à Breteuil il n’y avait qu’une seule voiture (Café-tabac Letourneur) pouvant servir d’ambulance et taxi en même temps pour presque tout le canton. Je vous laisse tirez vos conclusions. Francis Mauro.

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