La caissière
Quand je te vis pour la première fois,
Je ne te remarquai pas.
Mon regard, indifférent, au-dessus de toi passait ;
je t’écoutais parler.
Puis j’entrevis, comme dans un éclair de lumière aveuglante, ta beauté.
Mon regard ébloui descendit vers toi.
Jamais je ne vis si belle créature !
Je devinais les traits de ton visage, comme sous la transparence du cristal.
Tant ta divine image paraissait fragile, délicate, empreinte d’une douceur et d’une sérénité indéfinissables.
De cette fluidité de ton visage, je croyais voir le fond de ton âme, si belle, si pure.
D’une tendre jeunesse ouverte à la vie.
Tu parlais. Mais je n’entendais pas tes paroles.
Je voyais seulement, comme enchanté, tes lèvres qui remuaient comme des pétales de roses caressés par un vent d’été.
Puis tu cria soudain en me regardant : c’est à vous, Monsieur !
Je te tendis mon billet.
Le charme était rompu. Je revins sur terre.
Image
Et si la vie était un grand flipper ?
Nous en serions la boule.
Lancée avec douceur pour certains,
Avec violence pour d’autres.
Déjà, une inégalité dans l’élan.
Tapant à gauche, puis à droite,
Dehors, dedans.
Chahuté dans tous les sens,
Allant sans faiblir vers les sommets.
Frappant, virevoltant, évitant les obstacles,
Les percutant de plein fouet
Avec plus ou moins de chance,
S’accrochant ici et puis là
Avec l’énergie du désespoir.
Sachant qu’un jour ou l’autre
Nous retomberions à la case départ,
Quoi que l’on fasse,
Quoi que l’on dise,
Sans jamais pouvoir repartir à sa guise,
Un soir,
Pour un nouveau départ.
Les mots ont une source
Parfois les mots s’écoulent, goutte à goutte, sur la feuille blanche de papier.
Puis ils ruissellent avec régularité.
Et s’arrêtent soudain.
On ne sait pourquoi
Plus rien ne vient !
Soudain, de nouveau, des gouttes sombres, incohérentes, que l’on élimine d’un revers de plume rageur, froissant la feuille qui va au panier.
C’est l’accalmie qui prépare l’orage !
Une averse de mots débordante d’allégresse se prépare dans le ciel noir de la pensée.
Bientôt cela tombe brutalement, en gros traits puissants, intarissables, semblant ne jamais vouloir cesser.
Et de nouveau le calme plat des gouttes qui roulent doucement avec régularité.
La rivière des mots reprend ses droits
Pour combien de temps ?
Personne ne le sait !
Ainsi va l’imagination, pareille à un cours d’eau qui a pour élément les mots.
Ces mots que l’on met bout à bout pour faire des phrases, qui viendront traduire le flux de la pensée de l’être qui les diffuse.
Il en est des mots comme des crues,
Souvent régulières et prévisibles,
Parfois soudaines et meurtrières.
L’âme
L’enveloppe charnelle n’est qu’une simple carapace qui contient notre esprit.
Plus ou moins indescriptible de beauté, de haine et de gentillesse habilement dissimulées sous elle.
Sous des aspects trompeurs, dans la majorité des cas.
Mon ami picard tombé en Algérie
Notre belle Picardie,
Bientôt tu devais la revoir.
Demain, tu serais parti
En chantant l’au revoir.
La dernière opération,
La dernière patrouille.
Tu faisais attention,
Quelle mauvaise fouille !
Ils étaient là, tapis,
Prêts à tout
Dans ce gourbi.
Ils sortirent, fous,
En tirant sur toi.
A genoux, tu tombais,
Le regard en effroi,
Le cou transpercé.
La vie s’en allait,
Brisant ainsi
Tous tes projets.
Tout était fini.
Pour reposer en paix,
Le voyage tu le fis
En cercueil plombé
Pour rejoindre ta Picardie.
Une petite plaque
Sur le monument
Me rappelle, comme une claque,
Tous ces tristes moments
Depuis quarante ans
Que cette guerre est finie.
Qu’il a passé, le temps !
Mais rien ne s’oublie.
Toi, mon ami de Picardie,
Ces quelques vers
Je te les dédie.
Ne pouvant moins faire
Et que vivela Picardie,
Cette fois en paix.
Pour toi, mon ami,
Mort en Algérie.
Jugement
Nous sommes trop proches de nous pour porter un jugement sur notre personne.
Comme nous sommes trop éloignés des autres pour porter un jugement sur eux.
Pluie d’automne
L’été a rangé ses rayons.
Elle est morte la saison.
Mon cœur est triste
De ce ciel sinistre.
Au loin, l’horizon bouché
Ne laisse rien présager
Que ta seule venue,
Toi, pauvre ingénu.
De tes pleines gouttes
Martyrise mon cœur en déroute.
Tu vas pourtant bien l’achever
Sans même te retourner.
Immonde maîtresse
Dépourvue de sagesse,
Forte de ta puissance
En peine d’aisance.
Que vais-je faire ?
Cela t’indiffère !
Moi, pauvre humain
Seul sur ce chemin.
Mais, la vie, tu l’apportes
Riant à notre porte,
Sûr de toi depuis toujours.
Tu nous apportes l’amour.
La nuit et le jour
Nuit ! Belle, puissante, inonde
De ton caprice le monde,
Berçant nos doux rêves
Quand le jour se lève !
Un nouveau jour éclate
Dans sa couleur délicate.
Que sera-t-il, ce gredin ?
Sera-t-il joie ou chagrin ?
Qu’importe, pourvu qu’il soit !
Nous berçant de sa joie,
De sa joie d’être vivant
Pour nous, pauvres mourants.
Ambition
Ceux qui veulent tout pour rien
Se retrouvent un jour
Avec rien, pour tout !
Ne calomniez pas !
Ecrivez, toujours et encore !
Il en restera toujours quelque chose,
Même si ce n’est que quelques feuilles
Jaunies par le temps !